Un an en gyroroue

L’appareil, qui a conquis moins d’adeptes que les trottinettes, se révèle très plaisant à l’usage. Témoignage de votre serviteur, qui a apprivoisé cette mobilité douce… et un peu de la magie qu’elle recèle sous le capot.

Dominique NAUROY

L’appareil, qui a conquis moins d’adeptes que les trottinettes, se révèle très plaisant à l’usage. Témoignage de votre serviteur, qui a apprivoisé cette mobilité douce… et un peu de la magie qu’elle recèle sous le capot.

Avec un goût très modéré du danger et un sens de l’équilibre proche du zéro, comment, à 43 ans bien tassés, en suis-je arrivé à faire l’acrobate sur une roue digne des plus grands chapiteaux, propulsée à vive allure sur la chaussée ?

François Bausch a dit : « Soyez sympas, covoiturez. » J’ai tenté, je me suis retrouvé dans les embouteillages à maîtriser tout le répertoire d’Aya Nakamura, dont mes collègues de circonstance sont fans. Entre deux chansons, l’un d’eux répétait mécaniquement : « On est dans les temps… », jusqu’à ce qu’invariablement, on n’y soit plus, dans les temps. J’ai définitivement claqué la portière, dans l’attente que des voies dédiées à ce type de mobilité voient le jour sur les grands axes de ce petit pays.

François Bausch a dit : « Les transports en commun, c’est plus malin. » Je me suis converti aux joies du ferroviaire et à ses quotidiennes turpitudes, m’adaptant aux grèves, réseaux sursaturés, trains supprimés ou remplis à 200%, réalité qui a quelque peu évolué depuis le premier confinement. Pour parcourir les deux derniers kilomètres jusqu’à la rédaction, en attendant l’âge d’or du tram, trois lignes de bus font l’affaire. Compter vingt minutes en moyenne, en prenant en compte l’attente, les ralentissements dus aux travaux à de multiples endroits de la capitale et les dernières foulées à pied jusqu’à la porte d’entrée.

Unicycle, elektrisches Einrad, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort

Guy Wolff

C’est dans l’habituelle configuration « sardine », alors que le bus piétinait rue d’Alsace, qu’une dernière fois François Bausch m’a soufflé à l’oreille : « En vérité je te le dis, je ne fais pas de miracle. » Il a toutefois sorti de sa poche la carte Vél’Oh, alternative pratique et plutôt bon marché. Mais… je me suis retrouvé quelquefois prisonnier de cet encombrant destrier, dans l’incapacité de m’en séparer car toutes les bornes étaient occupées. 

Navré, le vendeur conclut : « Ce n’est pas pour vous. »

C’est un tel soir de galère que j’aperçus un homme, costume – cravate impeccable, se déplaçant sur la chaussée à vive allure, plus exactement il semblait en lévitation, avant d’obliquer sur le parvis pour s’engouffrer dans le hall de la gare. J’eus à peine le temps d’apercevoir, sous ses jambes, une roue qui semblait lui obéir au doigt et à l’œil. 

Le lendemain, je poussais la porte d’un spécialiste. Je portai mon dévolu sur un modèle à deux roues, plus simple pour se mettre en confiance. Après deux embardées et trois chutes dans le magasin,  le vendeur navré a conclu : « Il me semble que ce n’est pas pour vous. »

Une obstination insensée me fit acheter dès le lendemain une gyroroue d’occasion, à un prix défiant toute concurrence. L’objet avait déjà bien roulé sa bosse et je ne craignais guère de l’esquinter plus encore. Commença alors un délicat apprentissage, consistant à… faire confiance à la machine. Un pied posé sur l’une des cales, l’autre doit donner l’élan avant de se poser à son tour près de la roue. Au bout de la journée, la principale question revenait à savoir s’arrêter sans envoyer l’engin dans les fougères, bref à maîtriser du démarrage au freinage la bestiole.

Ma première sortie sur le bitume de la capitale a eu lieu deux semaines après. Et, depuis, il n’y a pas eu un jour sans, qu’il pleuve, neige, vante ou qu’il grêle. 

Les avantages sont légion. Je divise mon temps de trajet par deux en passant par le chemin des écoliers. Je retrouve une sensation de liberté. Je maîtrise de nouveaux gestes, je profite, un an plus tard, de cette même magie qui a guidé mes premiers mètres. L’objet – qui n’est pas donné, compter près de mille euros pour un modèle fiable doté d’une bonne autonomie – m’accompagne jusque dans les intérieurs, alors que les trottinettes doivent rester dehors.

Quant aux inconvénients… il faut se donner le temps nécessaire à l’apprentissage, mais si j’y suis parvenu, il n’y a aucune raison que vous n’y arriviez pas. Attention tout de même : inséré dans la circulation, je mentirais en assurant qu’on se sent en toute circonstance en sécurité. On en vient cependant à utiliser autant que possible les pistes cyclables et traverser les quartiers peu fréquentés. Il convient de toute évidence de s’équiper d’un casque et de prévoir dans son sac à dos de quoi se protéger de la pluie.

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